Dans le cadre du cours de français, cette année, on passe quelques cours en communauté de recherche philosophique ou CRP. Aujourd'hui, nous avons participé à la deuxième.
J'explique vite vite le fonctionnement de la chose.
Le groupe est séparé en deux. À l'intérieur du cercle, ceux qui parlent. À l'extérieur, ceux qui observent. On lit, tous ensemble, un texte. Dans celui-ci, on trouve des pistes vers plusieurs sujets dont on peut parler d'un point de vue philosophique. Quelques minutes de réfléxion et ceux qui ont des idées inscrivent au tableau les questions qui leur viennent en tête, en lien avec le texte. On vote pour la ou les questions à laquelle/auxquelles on veut tenter de répondre. Et on jase.
Aujourd'hui, dans le texte, on retrouvait comme thèmes le poulet frit, le végétarianisme (l'usage et la cruauté envers les animaux), le mensonge, les bonnes manières, la politesse, les règles et autres.
J'ai bien rigolé quand, alors qu'on se demandait si dans certains cas on pouvait mentir tout en disant la vérité, quelqu'un a demandé: "Mais comment on fait pour savoir si c'est la vérité?" Et que quelqu'un d'autre a répondu: "On va sur Wikipédia" sur le ton de l'évidence.
Wikipédia, qui perd d'ailleurs des éditeurs de manière constante (lien).
On a aussi évoqué, en exemple pour prouver qu'on pouvait mentir par omission pour protéger quelqu'un, la conférencière de la semaine passée.
Cette dame, appellons-la C, a été toxicomane à un niveau assez intense pendant plusieurs années. Elle donne des conférences depuis quelques années dans lesquelles elle raconte ses aventures. Pourtant, nous confie-t-elle à la fin de son captivant monologue, elle n'a jamais parlé de son passé à ses enfants.
C n'a pas dit qu'elle n'allait pas le faire. Simplement, elle attend le bon moment. Franchement, je l'en félicite et l'encourage. Car se lever chaque matin et plonger son regard dans les yeux de la chair de sa chair, du sang de son sang doit être excessivement difficile. Mais j'en suis persuadé, c'est la bonne chose à faire. Le temps viendra et alors C pourra aborder le sujet avec ses enfants.
C'était vraiment quelque chose de très intéressant. Je suis persuadé que c'est l'activité la plus utile pour apprendre à penser et à avoir une opinion. C'est même mieux que les débats. J'adore. On arrive rarement à une réponse, mais le processus de réflexion est fascinant.
C'est aussi pas mal, parce que c'est l'une des seules activités qui intéresse vraiment la majorité des élèves.
Je nous emmène vers un autre sujet.
J'ai constaté quelque chose dans ma cohorte, et je pense que ça s'applique à tout ma génération: on peut généraliser et dire que les jeunes ne veulent pas apprendre.
Je réfléchisais à ça ce matin, pendant que c'était le bordel dans mon cours de maths. Tout le monde jase sans arrêt, personne travaille vraiment. On considère ça comme normal. Parler, s'en foutre, ne pas écouter, c'est l'attitude normale des élèves de ma génération. Enfin, de la majorité.
Pourquoi? J'ai une petite idée.
Parce que le système d'éducation n'exige pas assez de nous.
S'ils avaient vraiment peur de couler, ces élèves se forceraient plus. La fermeraient en classe. Mais non. Parce que quoi qu'ils fassent, ils vont passer et obtenir leur diplôme.
D'accord, rendus à l'université, ça va peut-être changer. Parce qu'en prenant de la maturité, beaucoup vont réaliser qu'ils vont devoir travailler plus dûr s'ils veulent un avenir. Mais en attendant?
Je réfléchis à voix haute, comme ça. Je blâme personne, je fais juste penser.
La majorité des protagonistes se disent "de toute façon, tout est facile, je vais finir comme eux". Eux étant les profs, les médecins, bref les adultes. Sauf que si on remonte une génération, ces adultes-là, au secondaire, ils rushaient déjà plus que nous. J'en suis certain. Deux générations? Ils rushaient BEAUCOUP plus.
Et ils sont compétents. Mais nous?
Est-ce que dans dix, quinze, vingt ans, 80% des québecois vont vivre du bien-être social parce qu'ils ont échoué leurs études?
Voilà. Donc je soutiens tout ceux, François Guité en premier, qui encouragent les enseignants à donner aux élèves le goût d'apprendre avant d'essayer de leur faire apprendre quoi que ce soit. Parce que d'ici quelques années, on va tous leur devoir beaucoup.
11.24.2009
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