11.21.2009

Constats.

J'ai hier participé au Vow of Silence. J'ai, comme Félix l'a dit dans son dernier billet sur Olympus, porté un morceau de tape gris sur la bouche toute la journée. Pas un mot pendant vingt-quatre heures pour imiter la réaction du monde face aux droits des enfants qui sont encores, en 2009, bafoués. J'ai porté ce tape, je me suis tu pour vivre une journée comme le milliard d'enfants dont au moins un droit fondamental n'est pas respecté. Histoire de faire bonne mesure, je ne me suis pas non plus servi d'Internet pour communiquer. Pas de Facebook, pas de Twitter, pas de Pidgin. J'ai fait quelques constats, assez différents cependant de ceux de Félix.

Constat #1: C'est dûr.

Constat #2: Se taire permet de plus se concenter sur ce que les autres disent, d'analyser, de pouvoir entendre, remarquer de nouvelles choses. Se taire permet également de beaucoup réfléchir. J'ai principalement réfléchi sur l'humanité, et j'ai été déçu par le...

Constat #3: Les élèves d'une école secondaire sont, de manière générale, cons. Peut-être ne me croirez-vous pas, mais j'ai eu droit à des remarques sur toutes sortes de choses. Ce qui m'a le plus choqué, ce sont les allusions à mon orientation sexuelle. Des gens qui, de toute évidence, n'avaient pas bien appris à lire et qui lisaient (à haute voix, évidemment) iamgay.com au lieu de iamsilent.com. Pitoyable. Le pire, c'est un mec de quatrième ou cinquième secondaire qui m'a gueulé, alors que j'attendais, peinard, devant mon local de sciences: "C'est quoi ça? T'es fif? Ça veut dire mets pas ta bouche dans ma bouche?" (sic.). Ça, c'est carrément déprimant. Au moins, il aurait pu essayer de ne pas bafouiller dans son insulte.

C'est à croire qu'on ne peut pas, à 14 ans, exprimer son engagement social. Ou que les gens de 14 ans (et un peu plus, disons entre 14 et 16 ans) ne comprennent pas que l'on puisse AVOIR quelque forme d'engagement social que ce soit.

Désolant, non?

Le plus drôle, dans tout ça, c'est qu'en entrant dans le cours de sciences, ma très chère enseignante m'a dit: "Je suis fière de toi Guillaume. Continue, lâche pas."

Était-elle au courant, pour le t*** du *** du corridor?

Elle m'a aussi (je change complètement de sujet, c'est voulu) remis une copie d'un texte que j'avais écrit à la sortie de l'exposition BODIES. Avec la mention Un texte intéressant... Digne d'un éditorialiste "cru" en devenir. Ça m'a remonté le moral.


Par ailleurs (je change encore de sujet, je sais, ça m'arrive souvent...), ne pas pouvoir parler m'a permis de lire beaucoup. Enfin, pas vraiment plus que d'habitude, mais quand-même.

J'ai lu, hier, de bout en bout, La vie d'un homme inconnu d'Andreï Makine. Ça n'est peut-être pas Le testament français, mais le livre valait certainement la peine d'être lu.

Le destin (ceux qui croient peuvent remplacer ces mots par "Dieu") fait bien les choses: on fait la rencontre, dans ce roman, d'un vieil homme que tous croient sourd et muet. Il vit dans une petite chambre, dans une grande demeure qui vient d'être vendue. Les nouveaux arrivants attendent avec impatience son départ.

Or l'homme, combattant de la Grande Guerre Patriotique et vestige de l'époque soviétique, n'est ni sourd, ni muet, comme le découvrira bientôt le héros de l'histoire. Il ne parle plus et fait semblant de ne rien entendre, car (et je cite) "À quoi bon?".

Un livre fascinant.

7 commentaires:

  1. Si tous les élèves de 2e lisaient Makine, il y aurait sans doute moins de cons en 4e.

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  2. Intéressants apprentissages, certains désolants, mais non moins réels, d'autres carrément positifs !

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  3. Tu écris tellement bien, pis les cons, il y en a de tous les ages, malheureusement..

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  4. Haha javou que técrit comme qq1 d'intelligent (rare au Pei...) mais tu mens pcq ta PARLER en musique!!!!

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  5. Anonyme, as-tu des témoins oculaires ou un enregistrement à l'appui de tes accusations? :-) Évidemment, qu'il a du parler...! Perso, j'ai lâché deux sacres et j'ai dit « ah merde tu l'as déjà ». Doit on vraiment le spécifier? Non, juste passer par-dessus.

    En passant, je trouve pas ça correct du tout ta parenthèse, d'autant plus que t'es anonyme...

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  6. Ça me rassure qu'il existe des gens qui développent aussi tôt un esprit d'action militante.
    Si j'avais eu ce genre d'occasion quand j'étais au secondaire, je pense que j'aurais fait à peu près les mêmes constats que toi. Oui, les gens sont souvent caves au secondaire, pis le pire, c'est qu'il faut endurer pendant 5 ans. Bon, tout n'est pas si sombre, mais une poignée de gens peuvent rendre la vie désagréable.
    Au bout du compte, il te revient de te demander ce que tu gagnes à ne pas faire comme eux, c'est-à-dire d'essayer de conformer aveuglément à une sorte d'image, un moule qui tend à uniformiser la pensée et les actes. Parce que c'est un peu cela, le secondaire : une pression à la conformité. Pis cette pression, elle est violente (les hormones ne sont pas étrangères à cela... les gens finissent par se calmer quand ils abordent la vingtaine). Pour ma part, je peux affirmer que je ne regrette pas d'avoir tenu tête à ceux que la différence dérange. Ça les dérange, parce que c'est un miroir : ils t'haïssent parce qu'ils s'haïssent.
    Mon commentaire est un peu décousu, mais c'est parce que ton texte a réveillé des impressions brutes, de vieux souvenirs.

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  7. Dur de constater la proportion de cons...
    ... encore plus dur de constater qu'avec le temps, elle ne change pas... ou du moins, pas dans le bon sens.

    C'est pour cela que les brillants et les pas trop cons doivent être solidaires.

    Je suis avec toi.
    Avec Félix.
    Avec vous.

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